La street food cambodgienne repose sur un système de cuisson et de vente qui diffère de la plupart des pays voisins d’Asie du Sud-Est. Les plats sont souvent préparés à la commande sur des chariots mobiles ou dans des échoppes semi-permanentes adossées aux marchés, avec une rotation des vendeurs selon l’heure de la journée. Visiter le Cambodge en mode foodie, c’est comprendre ce rythme avant de tracer un itinéraire.
Cuisine de rue cambodgienne : le rôle du marché comme cuisine collective
Au Cambodge, le marché n’est pas un simple lieu d’achat. Il fonctionne comme une cuisine partagée où les habitants viennent prendre leur repas du matin, leur déjeuner rapide ou leurs provisions du soir.
Chaque marché concentre des dizaines de vendeurs spécialisés dans un plat unique. Un stand ne propose que des num banh chok (nouilles de riz fraîches au curry de poisson), un autre uniquement du porc grillé sur baguette, un troisième des desserts à base de lait de coco. Cette spécialisation explique pourquoi un seul marché peut couvrir un repas complet en cinq ou six arrêts.
Le rythme d’un marché cambodgien suit trois créneaux distincts. Le matin, entre six et neuf heures, les stands de petit-déjeuner dominent : soupes, bouillie de riz, café glacé au lait concentré. En milieu de journée, les plats de riz sautés et les grillades prennent le relais. Le soir, les marchés de nuit proposent une offre différente, souvent orientée vers les brochettes, les crêpes et les jus de fruits pressés.

Itinéraire street food à Phnom Penh : trois marchés, trois ambiances
Un itinéraire foodie dans la capitale commence logiquement par le Phsar Thmey, le marché central. Son dôme Art déco des années 1930 abrite un espace alimentaire dense au rez-de-chaussée. Les stands de nouilles y ouvrent tôt le matin. C’est le lieu idéal pour goûter un bol de num banh chok au petit-déjeuner, accompagné de légumes crus et d’herbes fraîches.
Le Phsar Toul Tom Poung, surnommé marché russe, offre une autre approche. Moins monumental, plus resserré, il concentre des stands de repas rapides prisés des locaux à l’heure du déjeuner. Le style y est plus brut : assiettes de riz garni, soupes servies dans des bols en métal, jus de canne à sucre pressé devant le client.
Le soir, le marché de nuit de Phnom Penh rassemble une offre tournée vers les brochettes de viande grillée, les fruits de mer et les desserts. L’ambiance y est différente, plus détendue, avec des tables installées en plein air. C’est le créneau pour goûter des plats qu’on ne trouve pas le jour, comme les insectes grillés ou les crêpes fourrées.
- Matin au Phsar Thmey : nouilles de riz fraîches, café glacé cambodgien, beignets de banane
- Déjeuner au marché russe : riz sauté au porc, soupe de boeuf, jus de canne à sucre
- Soirée au marché de nuit : brochettes grillées, crêpes cambodgiennes, fruits tropicaux découpés
Siem Reap et ses marchés de nuit : une offre qui évolue
À Siem Reap, la plupart des guides orientent vers les marchés nocturnes proches des temples d’Angkor. L’offre y a évolué ces dernières années. Les marchés de nuit de Siem Reap combinent désormais artisanat et food, avec des espaces de spectacle et des stands de cuisine en direct qui ciblent autant les visiteurs que les locaux.
Le Phsar Chas, le vieux marché de Siem Reap, reste le point de départ le plus fiable pour un repas local le matin. Les stands y sont tenus par des familles qui cuisinent les mêmes recettes depuis des décennies. L’amok de poisson, plat emblématique cuit à la vapeur dans une feuille de bananier, y est préparé dans sa version la plus traditionnelle.
Pour une journée complète à Siem Reap, alterner entre le Phsar Chas le matin et un marché nocturne le soir permet de couvrir deux registres culinaires distincts sans répétition.

Plats street food cambodgiens à repérer sur les marchés
L’amok de poisson est le plat le plus cité, mais la street food cambodgienne va bien au-delà. Les nouilles de riz (num banh chok) constituent le vrai plat du quotidien, consommé au petit-déjeuner par une large partie de la population. La base est simple : des nouilles fraîches nappées d’un curry vert à base de poisson pilé, servies avec un assortiment de légumes crus, fleurs de bananier et menthe.
Le lok lak, boeuf sauté servi avec un oeuf au plat et une sauce au poivre de Kampot, se trouve facilement dans les échoppes de déjeuner. C’est un plat qui illustre bien le croisement entre cuisine khmère et influences françaises héritées de la période coloniale.
- Num banh chok : nouilles de riz au curry de poisson, servies froides le matin avec herbes fraîches
- Amok : poisson ou poulet cuit à la vapeur dans une feuille de bananier avec lait de coco et kroeung (pâte d’épices)
- Lok lak : boeuf sauté au wok, oeuf au plat, sauce au poivre de Kampot et jus de citron vert
- Bai sach chrouk : riz au porc grillé mariné au lait de coco, accompagné de légumes marinés, servi tôt le matin
Livraison food et applis locales : un complément méconnu
Le paysage de la street food cambodgienne ne se limite plus aux marchés physiques. Depuis le rachat de la plateforme locale Nham24 par Grab en décembre 2024, la livraison de plats de rue s’est étendue à des quartiers moins centraux de Phnom Penh et de Siem Reap.
Pour un voyageur foodie, cette évolution a une conséquence pratique : certains plats préparés par des cuisiniers de quartier, absents des circuits touristiques classiques, deviennent accessibles via une simple commande. Selon le rapport sectoriel de Mordor Intelligence, la livraison est le segment de restauration à plus forte croissance au Cambodge sur la période 2026-2031.
Cela ne remplace pas l’expérience d’un marché. L’intérêt est plutôt de compléter un itinéraire physique par des découvertes impossibles à faire à pied, surtout en dehors des deux grandes villes.
Un itinéraire street food au Cambodge se construit autour des horaires de marché, pas autour d’une liste de restaurants. Le matin appartient aux soupes et aux nouilles, le déjeuner aux plats de riz garni, le soir aux grillades et aux marchés nocturnes. Adapter son rythme de journée à celui des vendeurs locaux reste la meilleure façon de manger ce que les Cambodgiens mangent eux-mêmes.